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dimanche 4 avril 2010

CHARCOT et RICHER, Les démoniaques dans l'art

"(...) l'hystérie forme une capacité d'images dont l'érotique est la puissance de sens. Et cette puissance de sens est tout à la fois puissance esthétique et puissance sémantique. (...) le visuel des images sensorielles n'est désormais plus sémantiquement isolable du sexuel si toutefois celui-ci est reconnu à l'imprononçable (infans) du langage. Alors c'est bien démoniaque que peut-être nommé le corps de l'hystérique en possession de cette puissance du sens qui impressionne et accroît la vue." (Introduction de Pierre Fédida, V)

CHARCOT et RICHER, Les démoniaques dans l'art

"Chez Charcot l'art de démontrer en montrant et de montrer en laissant apparaître le phénomène du corps qui semble fait pour se fixer dans une vue impressionnée - sorte de chambre noire oU se développe l'image explicite - fait certainement appel à un pouvoir ordonnateur de la mémoire qui confie à la parole une extraordinaire capacité orale de prouver en expliquant." (Introduction de Pierre Fédida, IV)

mercredi 3 mars 2010

CIXOUS et CLÉMENT, La jeune née

"L'hystérique, la sorcière, sont plus rusées : c'est sur leur propre corps que se mine l'attaque, impliquant l'autre dans la fête, l'obligeant à voir puisqu'il en a le ''merveilleux désir'', mais l'obligeant aussi à supporter la répétition indéfinie de la crise. Donnant, donnant : spectacle contre répétition du spectacle." (38)

CIXOUS et CLÉMENT, La jeune née

"Cette situation totale se trouve manifestée dans les mises en scène expressives autour de la sorcière, de l'hystérique : rituels de commencement, de déclenchement, attentes de la crise." (24)

dimanche 14 février 2010

CIXOUS et CLÉMENT, La jeune née

"Mais, dans la sorcellerie et dans l'hystérie, du côté du spectacle, il faut un public, prêt à satisfaire son merveilleux désir, et c'est surtout un public d'hommes : inquisiteurs, magistrats, médecins, cercle de médecins autour de l'hystérique, yeux fascinés, corps tendus pour voir le corps tendu de la femme possédée." (23)

mardi 22 décembre 2009

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"Corps et société semblent indissociables, contrairement au sens commun ou à la pensée organiciste, qui poseraient le corps comme entité biologique, agencement de cellules réductible à la seule analyse mécanique. Au contraire, le corps est façonné par la société et pour la société, les deux niveaux interférant souvent." (221)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"La "possédée" est paradoxalement celle qui remet en cause, par ses attitudes extraverties, la possession de son corps par les hommes, les prêtres, les juges et, par là même, les dépossède (Certeau, 1970, 2e édition 1990). L'anorexie ou l'hystérie, ces deux troubles décrétés maladies au XIXe siècle, en une illustration du pouvoir médical comme désamorce des problématiques sociales, sont également interprétées, dans ces perspectives, comme une résistance par le corps à une domination sur ce même corps (...)" (212)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"Le corps de la psychiatrie parle et révèle la vérité de l'individu, mais son interprétation par le langage savant de l'institution médicale l'annule comme réalité corporelle, et restitue en quelque sorte l'esprit comme moteur et directeur du corps : dans les troubles psychosomatiques, c'est le dysfonctionnement de la "tête" qu'on soigne." (180)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"(...) on évacue, par le pouvoir des mots sur les maux, les causes pour ne soigner que les effets, niant ainsi les enjeux sociaux et politiques en oeuvre sur et dans les corps." (178)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"La notion d'hexis corporelle, équivalent grec de l'habitus latin, se réfère à la théorie plus générale de cet habitus. Elle désigne la manifestation corporelle, incorporée, de l'habitus : elle est ce qui transforme, effectivement, le corps selon les usages sociaux spécifiques à chaque groupe, donnant cette coïncidence qui fait s'étonner avec la même candeur naïve qu'une Mme de Lafayette quelques siècles plus tôt qu'on ait si souvent le physique de l'emploi." (163)

"L'hexis corporelle peut ainsi être décodée comme un langage, un système sémiotique, où chaque signe fait sens." (163)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"Ainsi, à côté de la réflexion rationnelle existent une intelligence corporelle, un sens pratique, communication silencieuse, infralangagière, de corps à corps, que nous comprenons sans avoir les mots pour le dire, ni pour les enseigner : l'apprentissage, l'incorporation se fondent alors sur l'imitation et la répétition." (159)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"Ainsi, la notion de schéma corporel peut permettre de cerner cette transformation profonde du corps. Elle apparaît au XIXe siècle dans les travaux du médecin Ernest Bonier, et désigne la structure sensorielle qui permet la perception des limites du corps. Les mouvements, les postures font ainsi évoluer le schéma corporel en founissant de nouvelles sensations, selon un dialectique perception-action." (158)

lundi 21 décembre 2009

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"La féminité ne renvoie par au corps réel de la femme, mais au corps idéal, véhiculé par les représentations culturelles d'une société en général, d'un groupe social en particulier. Principe de division, au même titre que les taxinomies biologiques, la notion de genre est également principe de vision, de perception selon un code commun." (150)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"(...) la maladie peut être interprétée comme une métaphore du social. Certes, c'est bien l'individu qui est malade qui éprouve le mal dans son corps, mais il l'est également aux yeux de la société et selon les modalités qu'elle fixe." (137)

voir Sontag, Susan (1979), La maladie comme métaphore, Paris : Seuil.

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"Le corps agit ainsi dans la communication, à deux niveaux : d'une part, il est mémoire, incorporation, incarnation du code ; d'autre part, il est signe. D'une part, il est langue, de l'autre, il est parole. Dans tous les cas, son usage comme support de sens est culturel." (128)

DETREZ, Christine, La construction sociale des corps

"Le processus historique d'intériorisation des contraintes est ainsi au fondement des théories contemporaines sur le corps et ses usages culturels. Paradoxalement, le corps ne s'individualise par parce que la pression du groupe s'accentue, et le place sous un regard et une surveillance constante. Telle est la force des représentations culturelles, dont participent les croyances et les savoirs sur le corps : elles dessinent un corps idéal, en expliquent le fonctionnement et modèlent alors selon ces schèmes les corps réels." (119)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"Le corps redressé est ainsi celui "qui marche droit", pourrait-on dire, tant les mots sont pris dans un tissu métaphorique (...) En redressant les corps, on vise également l'âme, dans ce souci polymorphe de "correction" : correction du langage, des attitudes, par le polissage des aspérités, des déviances et déviations, qui, d'un paysan, fera un élève ou un soldat "poli"." (116)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"De la même façon, la frontière entre santé et maladie, sain et malsain, fluctue et ne se résume nullement au bon fonctionnement de l'organisme. La définition de la santé évolue : liée à la pourriture et aux manifestations physiques et externes dans un Moyen Âge dominé par les fléaux de la lèpre et de la peste, la maladie s'intériorise, se minimalise, se psychologise au fil des siècles, des progrès de la connaissance médicale et de l'évolution des représentations des corps : les "vapeurs", les maladies nerveuses sont ainsi chacune un exemple de la représentation dominante du corps, respectivement le corps-alambic du XVIIe et le corps fibreux du XVIIIe." (101)

mercredi 16 décembre 2009

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

"Les mises en jeu du corps que sont le travail et le sport complètent ainsi les effets de socialisation dans le modelage de la morphologie. Mais le corps n'est pas qu'architecture osseuse, agencement d'une certaine longueur ou d'un certain poids de chair. L'existence de l'individu au monde se caractérise par des échanges, des réponses physico-chimiques aux stimuli que sont les sensations. Si le fonctionnement de celles-ci peut être exposé sous forme d'équations, sa caractéristique biologique n'est pas contradictoire avec un raisonnement qui en montrerait les fondements sociaux et culturels." (91)

DETREZ, Christine, La construction sociale du corps

Au sujet d'anthropologues qui, comme SAPIR, BATESON et MEAD vont rompre avec l'évidence biologique : "Le corps trouve ainsi sa place dans une théorie générale de la culture et s'inscrit dans l'étude des mécanismes de la socialisation par lesquels le groupe façonne des individus à son image (...) Ils (les anthropologues) montrent ainsi que ce que nous appelons culture s'incorpore." (78)