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mercredi 3 mars 2010
CIXOUS et CLÉMENT, La jeune née
"L'hystérique, la sorcière, sont plus rusées : c'est sur leur propre corps que se mine l'attaque, impliquant l'autre dans la fête, l'obligeant à voir puisqu'il en a le ''merveilleux désir'', mais l'obligeant aussi à supporter la répétition indéfinie de la crise. Donnant, donnant : spectacle contre répétition du spectacle." (38)
CIXOUS et CLÉMENT, La jeune née
"Toute une séquence s'installe : les shamans acrobates, les vols de sorcières, les clowns, les crispations et scènes de corps tendu en arc des hystériques; magie, spectacle et maladie (...) Mais aussi, si l'on poursuit en rêvant : le spectacle du cirque, sa mythologie mystique, le clown crucifié, le mime tragique, et, plus loin encore, le spectacle du cinéma, né pour partie des découvertes scientifiques des frères Lumière et de savants multiples, certes, mais pour son autre partie de l'activité ludique des histrions, de Méliès, des boutiques de foire; et puis, comme un écho associatif, les femmes des films muets, expressives, expressionnistes, bouches grandes ouvertes sur des cris informulés, repris en cartons fleuris, Femmes effrayées, agressées par des somnambules, dans Caligari, violées, dans Métropolis, emportées par le roi-singe dans King Kong, femmes au contraire amazones, héroïnes androgynes, de l'autre côté de la bisexualité, et acrobates : Pearl White, Musidora. On est passé, avec le cirque, le cinéma, dans l'institution de l'hystérie : spectacle monnayant échange d'argent, maladie évanouie, juste évoquée par des relents de mythe flottants alentour, place faite à l'identification cathartique, sans contagion possible. L'histoire de la sorcière et de l'hystérique rejoint l'histoire des spectacles : fusion des jeux d'enfants avec des scènes sexuelles." (28)
dimanche 14 février 2010
CIXOUS et CLÉMENT, La jeune née
"Mais, dans la sorcellerie et dans l'hystérie, du côté du spectacle, il faut un public, prêt à satisfaire son merveilleux désir, et c'est surtout un public d'hommes : inquisiteurs, magistrats, médecins, cercle de médecins autour de l'hystérique, yeux fascinés, corps tendus pour voir le corps tendu de la femme possédée." (23)
CIXOUS et CLÉMENT, La jeune née
"Celle qui a suscité la passion de Freud par le spectacle de la féminité en crise, et celle qui, seule, a su lui échapper (...) En jeu encore, toute l'évaluation d'une révolution culturelle : à la fois anticipatrice d'une utopie future, et résultante d'une transformation effective dans le réel des rapports de production. En jeu donc, pour finir, les rapports en imaginaire, réel et symbolique : si Michelet avait raison, l'imaginaire pourrait donc agir sur le symbolique, et sur le réel. Mais c'est précisément l'inscription de l'imaginaire dans le symbolique qui fait défaut à l'anomalie ; c'est une quasi-production, mais ce n'est pas une production, puisqu'il s'agit là d'un symbolisme individuel, non communicable, tel que la culture ne peut le prendre en compte pour en faire l'objet d'une transmission."(21)
mardi 15 décembre 2009
DETREZ, Christine, La construction sociale du corps
Sur l'objectivation progressive du corps en Science : " Les planches anatomiques de Vésale, reprises par les encyclopédistes ou, au XVIIe siècle également, de Gautier Dagoty, squelettes dansant ou nonchalamment appuyés sur une colonne, femmes fardées et coiffées, à la pose charmante et aux ventres ouverts, mettent en scène l'organe, de la même façon que les dissections sont alors spectacles. Le corps, même écorché, garde des postures humaines, se meut dans un décor de collines, quasi indifférent à la blessure béante qui dévoile un foetus ou un coeur... La planche anatomique, peu à peu, abandonne décors et expressions de sentiments ou d'individualité. Le corps devient chair, exposée, se sépare même de toute référence à la réalité visible et sensible." (49)
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