lundi 21 décembre 2009
DETREZ, Christine, La construction sociale du corps
"Le corps agit ainsi dans la communication, à deux niveaux : d'une part, il est mémoire, incorporation, incarnation du code ; d'autre part, il est signe. D'une part, il est langue, de l'autre, il est parole. Dans tous les cas, son usage comme support de sens est culturel." (128)
DETREZ, Christine, La construction sociale du corps
"Le regard porté sur les sociétés extérieures peut être retourné sur nos propres mondes, et ce par une comparaison historique : si la norme dominante, légitimée par la médecine, pose la scission de l'individu et du monde, elle s'impose contre, et à côté, des représentations populaires, que celles-ci soient tombées en désuétude ou reléguées au rang de superstition par nos conceptions rationnelles. Le corps n'y est pas une entité séparée, mais se trouve inscrit dans des réseaux de correspondance et d'influences avec les éléments extérieurs." (123)
DETREZ, Christine, La construction sociale des corps
"Le processus historique d'intériorisation des contraintes est ainsi au fondement des théories contemporaines sur le corps et ses usages culturels. Paradoxalement, le corps ne s'individualise par parce que la pression du groupe s'accentue, et le place sous un regard et une surveillance constante. Telle est la force des représentations culturelles, dont participent les croyances et les savoirs sur le corps : elles dessinent un corps idéal, en expliquent le fonctionnement et modèlent alors selon ces schèmes les corps réels." (119)
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représentation
DETREZ, Christine, La construction sociale du corps
"Le corps redressé est ainsi celui "qui marche droit", pourrait-on dire, tant les mots sont pris dans un tissu métaphorique (...) En redressant les corps, on vise également l'âme, dans ce souci polymorphe de "correction" : correction du langage, des attitudes, par le polissage des aspérités, des déviances et déviations, qui, d'un paysan, fera un élève ou un soldat "poli"." (116)
DETREZ, Christine, La construction sociale du corps
"Le donné biologique, dans le façonnement naturel duquel interviennent déjà l'influence de la société et la culture, est cultivé, interprété, redressé au travers de normes plus ou moins conscientes : les attitudes et les comportements les plus privés d'hygiène, de santé, de sexualité, se trouvent ainsi conditionnés, déterminés, englobés dans des dimensions symboliques, productions historiques et sociales." (110)
DETREZ, Christine, La construction sociale du corps
"La "nature humaine" et son incorporation dans un organisme sont déjà des construits culturels. Avant même d'envisager les usages proprement sociaux et culturels du corps, qui prennent le corps comme matériau, la socialisation, dans une société, dans un groupe social, informe, donne forme, déforme les techniques naturelles du corps, permet d'en actualiser les potentialités biologiques. La fontière est ainsi ténue entre hérédité et héritage." (104)
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DETREZ, Christine, La construction sociale du corps
"De la même façon, la frontière entre santé et maladie, sain et malsain, fluctue et ne se résume nullement au bon fonctionnement de l'organisme. La définition de la santé évolue : liée à la pourriture et aux manifestations physiques et externes dans un Moyen Âge dominé par les fléaux de la lèpre et de la peste, la maladie s'intériorise, se minimalise, se psychologise au fil des siècles, des progrès de la connaissance médicale et de l'évolution des représentations des corps : les "vapeurs", les maladies nerveuses sont ainsi chacune un exemple de la représentation dominante du corps, respectivement le corps-alambic du XVIIe et le corps fibreux du XVIIIe." (101)
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